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L’ÉGLISE DE TAINGY : notice historique et descriptive
C’est en 1283 que, moyennant une redevance annuelle de 100 livres, l’archevêque d’Auxerre Guillaume de Grez affranchit les habitants de Talngy (Tangiacum), fief relevant de la châtellenie de Druyes, laquelle appartenait ’alors aux comtes de Nevers.
Mais il est fait déjà mention de la paroisse en 1163, date à laquelle le vénérable évêque Alain la donna à l’abbaye de Saint Marien. Il ne s’agissait évidemment pas de l’actuelle église qui ne fût bâtie que trois cent cinquante ans après, ’ L’ÉGLISE
L’église de Talngy, Inscrite à l’Inventaire Suplémentalre des Monuments Historiques, est un édifice du premier quart du 16° siècle. Si en ce début de la Renaissance en France sont édifiées à l’Initiative du Roi et de son entourage les premières constructions à la mode d’Italie, dans la plupart des provinces on construit en revanche toujours suivant la manière traditionnelle gothique.
Nous avons là, en effet, un magnifique édifice tout empreint de l’esprit de l’art flamboyant, qu’on ne peut s’empêcher de comparer avec les • •• plus belles églises du Tonnerrois et, surtout, avec les autres églises de Foreterre qui constituent avec lui toute une famille homogène, fort riche, dont chaque élément conserve ses particularités propres.
Nous remarquons tout d’abord la vaste nef dont les dimensions nous évoquent l’importance passée de la population du village :
37 m de longueur totale
17 m de largeur
20 m de hauteur au faite du toit
Cette nef est uniquement éclairée en second jour par les baies des bas- côtés qui la flanquent, dans une recherche d’unité des espaces.
Dans le même esprit, un même grand toit réunit les trois vaisseaux.
Le chœur quant à lui, traité en simple abside à sept pans, est par contraste largement éclairé afin d’attirer toute l’attention vers le sanctuaire.
C’est dans le dessin des baies et du portail que nous retrouvons tous les éléments qui ont donné son nom de flamboyant à cette période de l’art gothique ; nous y remarquons en effet les mouchettes et soufflets caractéristiques, les pinacles et fleurons décorés de crochets en feuilles de choux frisés ou de chimères. Le portail est particulièrement, remarquable et est mis en scène de façon spectaculaire, se détachant sur un vaste pignon aveugle et nu qui, par contraste, fait ressortir la préciosité et la richesse du décor : une double porte est surmontée d’une grande baie (bouchée et au remplage malheureusement mutilé) coiffée d’un haut gâble amorti par un riche bouquet, lui même supportant une niche hélas privée de sa statue. De part et d’autre, de hauts pinacles longilignes, disposés sur l’angle, sont amortis de fleurons régnant à la hauteur du bouquet central.
Mais, si cette nef aveugle, ce grand toit couvrant l’ensemble, ce riche portail se détachant sur une vaste surface nue et ces splendides chimères sont des éléments communs aux autres églises flamboyantes de Foreterre telles que Treigny, Thury, Lainsecq, Chevannes ou Migé, en revanche, sans compter une pierre locale se prêtant admirablement à la sculpture la plus refouillée et qui garde encore son parement intact aux joints serrés, presque marbriers, notre église présente aussi des particularités qui lui sont propres :
- une couverture du chœur en demi-cône très effilé, tout à fait unique dans notre région,
- l’apparition, timide, dans le décor du portail, d’éléments italianisants tels que ces médaillons avec bustes en haut relief et ces culots sculptés en chapiteaux, analogues à ceux de Blois, Chambord ou Fontainebleau.
On serait donc tenté de conclure qu’Il y eut un maître d’œuvre très attaché aux traditions mais assez au courant des dernières modes et recherches en matière de décor et d’architecture.
LA RESTAURATION
Malheureusement ce splendide édifice, précieux patrimoine du village, a subi depuis sa construction bien des vicissitudes,
En effet, en 1840, comme l’atteste un plan conservé aux Archives de l’Yonne, les voûtes n’existaient plus et la nef était couverte d’un méchant plafond en bois ; peut-être le couvrement en croisée d’ogives d’origine, dont on retrouve les arcs formerets dans les combles au revers de la façade et sur la paroi Sud du clocher, a-t-il été détruit lors des guerres de religion ?
Vers 1850 environ, on construisit de nouvelles voûtes, en briques et plâtre, à un niveau plus bas qu’à l’origine. Celles-ci périrent à leur tour vers 1905, en raison du mauvais état de la couverture. Ce fut grâce à l’action énergique de cinq familles de Taingy (Tallard, Carneau, Perreau, Loury et Pierre) qui la rachetèrent alors, que l’église ne fut pas rasée. La couverture fut refaite, en ardoise, et les voûtes en briques reconstruites telles quelles.
Les travaux entrepris actuellement ont pour objet de restaurer la couverture, à nouveau vétuste, en revenant au matériau d’origine, la tuile, afin de rendre à ce magnifique édifice toute son authenticité. Après ces ouvrages réalisés par tranches, Il sera souhaitable d’entreprendre la restauration des baies, bouchées et dépourvues de vitraux décents, et particulièrement celle du portail, en rétablissant la fenêtre et son remplage, véritable Joyau d’architecture qui doit constituer l’orgueil du village. (T. ALCRIN, architecte mai 1988), (In fiche signalétique de l’église)
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