Bretagne





Les enclos paroissiaux

Trésors de la Bretagne


Aux XVIe et XVIIe siècles, quelques paroisses, soutenues parfois par leurs seigneurs et surtout par leurs fabriques, conseils paroissiaux, tiennent à marquer leur montée en puissance. En magnifiant leur croyance en Dieu de façon ostentatoire, les notables de la fabrique espèrent augmenter leurs chances de monter au ciel. Ils doivent leur richesse au commerce, à l’agriculture, aux foires ou aux tanneries, et le plus souvent à l’industrie de la toile de lin.
Entre les fabriques, la concurrence est vive. Ils investissent alors dans l’art et l’architecture. Les meilleurs artistes et artisans du pays sont convoqués : sculpteurs, tailleurs de pierre, ébénistes, peintres, charpentiers, maîtres d’œuvre, orfèvres, maîtres verriers, ateliers de tissage et de tapisserie, tailleurs de figures de proue.
La Bretagne regorge de savoir-faire et de talents qui trouvent leur inspiration dans la vie des saints bretons, le légendaire celte, les scènes de la vie quotidienne autant que dans la Bible et l’Évangile.
On voit même exceptionnellement apparaître les premières représentations d’Amérindiens ou d’Afro-américains.
La présence des marins bretons dans les ports d’Europe, en Flandres, dans les pays baltes où ils vont chercher la graine de lin, en Angleterre, en Espagne, au Portugal, le prestige de grandes foires comme celle de La Martyre, stimulent le brassage des idées et des hommes.
Des gravures de Dürer, des tableaux de Poussin ou de Rubens s’invitent dans les églises pour de nouvelles interprétations. On fait réaliser des ouvrages à Anvers, on importe des matériaux de la vallée de la Loire, on attire des copistes flamands et des facteurs d’orgue anglais. Des confréries, comme celle du Rosaire, participent au financement des retables. Et c’est comme ça que des petits bourgs de quelques centaines d’âmes vont se retrouver dotés de monuments exceptionnels.
Mais on ne comprend rien à ce qu’est réellement l’enclos paroissial, si on n’intègre pas l’idée qu’il s’agit là d’un lieu de vie foisonnant, aux fonctions à la fois sociales, politiques, administratives et économiques. On s’y rencontre, on y traite des affaires, les conseils de fabrique se réunissent et les femmes filent la laine sous le porche, les amoureux devisent sous le regard bienveillant des aînés, on y tient marché, on y chante et on y danse. Il est l’espace commun, la fierté et l’expression d’une communauté.
Il a un aspect didactique également : l’ensemble de la population, alors très majoritairement illettrée, peut apprendre ou se remémorer l’Ancien et le Nouveau Testament, grâce aux scènes reproduites sur les calvaires et les retables.
Après le concile de Trente (1545-1563), l’Église fait enlever les jubés et construire les chaires. Elle veut s’ouvrir, s’adresser plus directement aux fidèles, libérer la parole et la créativité pour contrer la Réforme protestante.
Au XVIIIe siècle, l’interdiction tombe, d’enterrer ses morts dans les églises, qui était synonyme d’espérance, notamment pour les nobles et les ecclésiastiques, qui pouvaient se faire enterrer à proximité du maître-autel, donc plus près du paradis. Les cimetières sont alors installés à l’extérieur de l’église mais à l’intérieur des enclos. Ils y sont toujours dans les petits bourgs. Il faut se figurer une époque où l’on vient « entendre » la messe : on circule, on se salue, on parle pendant l’office, on commente, on échange sur les sujets les plus divers.
Mais le roi doit financer Versailles, sa cour, sa guerre contre la Hollande, alors que ses caisses sont vides. Les difficultés économiques s’accumulent, les jacqueries aussi. En Bretagne, la plus célèbre sera celle des Bonnets rouges, en 1675. Pressé par Louis XIV, Colbert impose des taxes sur les exportations. Pour la province, qui exporte quatre-vingt pour cent de ses toiles vers l’Angleterre, notamment par le port de Morlaix, ces impôts sonneront la fin de l’âge d’or de la toile de lin, bientôt supplantée par celle de Silésie.
Ces enclos paroissiaux que l’on peut lire comme des livres ouverts sont le témoignage de cette époque et de cette civilisation rurale aujourd’hui disparue. Si on imagine trop souvent ces campagnes de Bretagne intérieure comme repliées sur elles-mêmes, austères, rétives aux idées nouvelles, à l’art, ces monuments nous montrent tout le contraire : un pays prospère, ouvert sur le monde et au diapason de son temps.
(In www.finistère.com)

Les enclos paroissiaux remarquables en Finistère :
Berven - Plouzévédé
Bodilis
Commana
Dirinon
Guimiliau
La Martyre
La Roche Maurice
Lampaul-Guimiliau
Le Tréhou
Loc Eguiner - Saint Thégonnec
Locmélar
Pencran
Pleyben
Pleyber-Christ
Ploudiry
Plougonven
Plounéour-Ménez
Plourin lès Morlaix
Saint-Jean du Doigt
Saint-Servais
Saint-Thégonnec
Sizun
Tréflévénez
Trémaouézan


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