Signy l’Abbaye

La région des Crêtes reste typique pour son paysage vert de bocages, légèrement vallonné, l’habitat isolé et des forêts en haut de colline.
Le massif de Signy est l’un des premiers « antres forestiers » quand on arrive dans les Ardennes.
Autour de Signy-L’abbaye, le grand massif forestier attire les habitants du cru mais surtout les populations de l’agglomération Rémoise, en complément d’un tourisme culturel et historique (églises, château …).

Toponymie
Le nom de Signy fait pressentir l’existence d’une ancienne villa gallo-romaine : SINNI-ACTUS et les vestiges confirment la continuité de l’occupation humaine :

  • Stèle de pierre d’un couple assis dans une niche sous un toit triangulaire : dieux domestiques ou stèle funéraire ? Gallo-romaine au moins ….
  • Vase en poterie rouge contenant 2605 pièces romaines de Commode à Gallien enfoui en 256 lors du passage d’une légion des derniers empereurs
  • Fibule mérovingienne dite « à plateau » provenant d’une tombe de la nécropole franque.

Signy entre véritablement dans l’histoire lorsqu’il se produit chez les hommes du 12ème siècle une poussée puissante vers les cloîtres. Le grand propagateur de ce mouvement, est Saint Bernard de Fontaine, réformateur de l’ordre de Citeaux. Ce dernier ayant besoin de terres pour fonder un monastère, sollicite les Seigneurs de la région, qui après sept années de réflexions consentent à créer une église, au cœur de la forêt sauvage.

Eglise de Signy-l’Abbaye.

L’abbaye est achevée en 1175.

Les moines d’alors vivent dans la pauvreté, et ce dénuement tant vestimentaire qu’artistique crée aux nouveaux monastères une réputation de ferveur qui, rapidement, se répand au loin et des vocations de choix affluent à Signy.

L’abbé Dom Bernard exerce ses fonctions à Signy pendant 22 ans environ, puis est nommé à Igny d’où il est venu, et au bout de quelques années, accablé par l’âge et les infirmités, il obtient d’être relevé de sa charge, et revient selon son désir à Signy qu’il avait fondé et y meurt peu après.

Saint Bernard devait tenir Signy dans une estime toute spéciale pour autoriser son ami et biographe Guillaume (Liège vers 1085 - Signy 1148) ancien abbé du monastère bénédictin de Saint Thierry, à y entrer comme simple moine cistercien.
Guillaume fut le premier à alerter Bernard sur les erreurs d’Abélard.

La plus célèbre des œuvres théologiques et mystiques de Guillaume traite de la vie solitaire : « Lettre aux pères du Mont-Dieu » écrite en 1143. Elle recommande aux Chartreux la plus grande simplicité de vie comme Bernard le faisait aux Clunisiens … Elle se propagea sous le nom de Lettre d’Or pendant tout le Moyen Age et eut un très grand retentissement dans les monastères, elle sert encore actuellement de modèle pour la règle en usage dans les monastères du monde entier. Aussi longtemps que Guillaume fut à Signy le monastère se montra d’un haut idéal de vie, un modèle exemplaire d’abbaye cistercienne. Le premier travail des moines fut le défrichement afin d’accroître les surfaces en culture. Pour autant, la forêt avait son importance économique et vivrière. Les moines pratiquaient la pisciculture : de nombreux étangs ont été créés en Grande Forêt par la fermeture des vallons au moyen de digues. Cette forte utilisation de la forêt a façonné le paysage actuel (fermes isolées, étangs, forêts). Certaines espèces floristiques semblent d’ailleurs avoir été introduites par les moines (par exemple la prêle d’hiver Equisetum hyémale : riche en silice, elle était utilisée par les tourneurs sur bois).

Plus tard, le domaine s’agrandit et fut fructueusement exploité.

Les premiers abbés qui lui succédèrent voient les possessions de Signy augmenter peu à peu, par suite de donations ou bien d’acquisitions à titre onéreux. L’abbaye devient bientôt l’une des plus riches de la province de Reims. A ne considérer que les acquisitions faites dans le voisinage de l’abbaye, qui en font une sorte de ferme d’un seul tenant, on arriverait presque à retrouver, déjà fixes dans leur ensemble au XIIIème siècle, les limites qui sont actuellement celles de la commune de Signy En même temps qu’ils cultivent le sol défriché par leurs mains et qu’ils enseignent la culture aux paysans qui les aident, les moines donnent l’impulsion au commerce.

Il faut, en effet, s’approvisionner en outils de tous genres, faire venir des granges, le blé et le vin, et inversement expédier en d’autres lieux les produits de la terre, les grains des récoltes pour payer les redevances, ou pour subvenir aux besoins d’autres abbayes. Tout ce trafic crée une grande animation. L’abbaye doit jusqu’en 1790 entretenir les chemins et les routes, secourir les populations accourues se blottir à l’ombre de ses murs, payer l’écolage pour 200 enfants, héberger les passants, surtout les militaires

En 1650, des bandes d’Erlach ravagent le pays, suivies par les troupes de Turenne et des princes révoltés. Erlach, d’abord compagnon de Gustave-Adolphe et de Bernard de Saxe-Weimar est, en 1649, au service de la France.

Ses soldats nommés Erlans assomment les hommes, torturent les prêtres, maltraitent les femmes et les filles jusque dans les églises. Puis, chaque chef de parti exploite le pays et exige de lourds impôts.

De leur côté, les soldats emportent tout ce qu’ils peuvent enlever. Les paysans épouvantés s’enfuient et meurent de faim. En 1652 l’abbaye est à nouveau pillée et ravagée par les troupes espagnoles. Quand les revenus s’évanouissent, la vie matérielle devient difficile car il faut tout de même de l’argent. L’abbaye doit donc emprunter.

La fin du 17ème siècle est une période lamentable dans l’histoire de l’abbaye. L’impuissance des religieux à payer leurs dettes, sinon leur mauvais vouloir, n’est que la conséquence de la misère à la fois matérielle et morale. L’Archevêque de Reims, soucieux de restaurer la vie spirituelle dans son diocèse en visite toutes les paroisses en 1678. Ce qu’il constate à Signy ne l’édifie guère. C’est une des plus belles abbayes du royaume, écrit-il, mais elle a 30.000 livres de dettes et surtout, il y règne un désordre à faire pitié.

Quand éclate la Révolution, la belle église abbatiale, les bâtiments conventuels, sont rasés, démolis pierre à pierre, vendus aux enchères publiques, afin de reconstruire d’autres maisons civiles. Il ne reste que quelques infrastructures, des caves et des celliers. La bibliothèque est brûlée en un feu de joie sur la place publique : ses 3 948 volumes, ses 125 livres gothiques et ses précieux manuscrits sont réduits en cendres.

En somme, il ne subsiste de vestige que cette croix de convers, Monolithe de 7 mètres, se dressant en haut de la rue du château, érigée en souvenir de la bataille qui mit aux prises les gens de Raoul, Comte de Château-Porcien à ceux du Prieur Gilles 1er, parce que le seigneur, au mépris de la parole donnée prétendait venir chasser sur les terres devenues bien monastique.

Longtemps bourg essentiellement agricole, Signy sait rebondir et se transforme dès 1830, avec la création de nombreuses filatures qui employèrent une importante main d’œuvre – près de 1300 ouvriers – la forêt n’en occupant que 400. Il y avait aussi à cette époque une douzaine de moulins (grains, huile), des brasseries, sans oublier le haut fourneau et les forges du Hurtaut, créés dès 1525 par Dom Gobert de Challerange, abbé de Signy et où l’on fondait encore, en 1840, quelque 60 tonnes de fonte par mois tout en forgeant, en même temps, une dizaine de tonnes de fer plat.

Le 24 juin 1791, le château, construit en 1724 par l’abbé d’Harcourt, était vendu comme bien national. L’église abbatiale fut adjugée le 27 mars 1795 à un habitant de Signy et elle fut démolie quelques mois plus tard.

C’est ainsi que disparut à tout jamais, l’une des plus belles et plus riches abbayes de France.


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