Ennezat

Ennezat est située, à 8 kilomètres de Riom, au cœur de la Limagne, riche terre de l’Auvergne, entre deux rivières, l’Ambène et la Morge.

Le nom de Limagne vient du latin lacus magnus, c’est-à-dire « grand lac ». En effet, il y a 23 millions d’années la Limagne était recouverte par un immense lac. Pendant longtemps par la suite, elle a donc été occupée par les marais, asséchés tardivement (1930) et qui ont laissé place à une terre noire et fertile.

Histoire
Ennezat fut, au Moyen Age, un centre économique et religieux important. C’est en effet en ce lieu que Guillaume III dit "teste d’étoupe", reçut en 995, serment de fidélité des seigneurs auvergnats.
A cette époque, Ennezat se compose de son actuel quartier Ouest, appelé plus tard Ennezat-Le-Chastel. Ce site regroupait des habitations autour d’une motte, aujourd’hui disparue. Une enceinte, d’environ 200 mètres de long (axe nord-sud) pour 150 mètres de large, entourait le tout.
Aux alentours de 1060, Guillaume VI, duc d’Aquitaine et suzerain d’Auvergne, entreprit la construction de l’église paroissiale. Peu de temps s’écoula avant la création d’un chapitre (1065) qui fut placé sous le patronage de Saint-Victor et de Sainte-Couronne. Par la suite s’éleva un château dont l’emplacement exact n’est pas clairement défini.

C’est au 13ème siècle que le chœur de l’église fut reconstruit en style gothique. A cette même époque, fut également fondée une ville neuve de plan rectangulaire, à l’Est d’Ennezat-Le-Chastel. Il faut très certainement y voir un indéniable développement politique et économique du lieu, qui possédait déjà deux foires ainsi qu’un marché permanent. Signalons la présence à cette époque, d’une communauté juive assez importante dont le cimetière occupe la partie externe de l’angle sud-est de la nouvelle enceinte. Cette présence pourrait être liée à ce fort développement économique.

En 1373, sous Guillaume Flotte, les Augustins s’installent aux portes de la cité, puis quelques années plus tard (1401) et pour des raisons de sécurité, ils furent autorisés à s’installer "intra-muros". Avec la fin de la Guerre de Cent Ans et les guerres de Religion, la communauté nazadaire vit son renom s’amoindrir et connut, à partir du 18ème siècle, une évolution liée à celle de la région de la Limagne.

Eglise Saint Victor et Sainte Couronne

Placée sous le patronage de deux martyrs syriens, l’église d’Ennezat que ses dimensions ont fait surnommer la « cathédrale du marais » offre cette particularité d’être mi romane, mi gothique.

Vue d’ensemble nord

A droite : Au début du 11ème siècle la construction de l’église a commencé dans le style roman.
À gauche : Vers la fin du 12ème, on entreprit de reconstruire l’église dans le style nouveau : le style gothique. Mais seul le chœur fut reconstruit.

L’église actuelle comprend un narthex et une nef de quatre travées accostée de bas-côtés, un transept dont le carré est surmonté d’une coupole centrale, un chœur plus large et plus élevé que la nef, terminé par un rond-point polygonal qu’entoure un déambulatoire et cinq chapelles rayonnantes.

Vue d’ensemble sud

A gauche : Malgré ses petites dimensions, l’architecture est tout à fait monumentale.
A droite : Le clocher : 2 étages. Devait couronner les masses étagées du chevet roman. A la révolution seule la flèche a été abattue.

Intérieur

  • La partie romane

L’architecture de la nef et du transept est particulièrement remarquable :
Divisé en trois travées, le narthex est surmonté d’une tribune ouvrant sur la nef par des arcades en plein cintre subdivisées en arcades secondaires par une colonne monolithe.

Couverte d’un berceau en plein cintre sans doubleau la nef frappe par son étroitesse.

Des piles carrées cantonnées de trois colonnes et restées nues du côté du vaisseau central soutiennent les grandes arcades. Ouvrant par des baies en plein cintre recoupées par une colonnette et divisées elles aussi en travées par des doubleaux, les tribunes sont voûtées en quart de cercle et éclairées par d’assez grandes fenêtres fortement ébrasées.

Un arc mitré entre deux arcs en plein cintre : caractéristique du roman.
Chapiteaux décorés de formes simples.

A gauche : Feuilles d’acanthe.
A droite : Entrelacs.

Chapiteaux historiés :

A gauche : Sirènes bifides.
A droite : Griffons buvant dans un calice : gardiens du sanctuaire.

A gauche : Hommes se cramponnant à un arbre stylisé
A droite : Centaures
Ci-dessous : L’usurier thème récurrent en Auvergne

  • La partie gothique.

Etablies sur un plan barlong les quatre travées inégales du chœur sont délimitées par des piles composées d’un faisceau de colonnes et de colonnettes.
Le rond-point est voûté de six nervures semblables ainsi que les chapelles rayonnantes. Les trois premières travées du chœur sont voûtées d’une croisée d’ogives comme le sont aussi les bas-côtés et le déambulatoire.

A gauche : Point de rupture entre roman et gothique.
A droite : Le chœur gothique et sa voûte sur croisées d’ogive.

Deux peintures murales

Deux peintures murales du 15ème ornent cette partie : La rencontre des trois morts et des trois vifs et le Jugement dernier.

-* La fresque des trois morts et des trois vifs

Sur le mur du bas-côté nord, la La rencontre des trois morts et des trois vifs réalisés en 1420 fait en quelque sorte le pendant du Jugement. L’idée dépeinte dans le bas-côté nord étant la préparation à la mort, donc au jugement.

Rencontre des trois Vifs et des trois Morts

Peinture à fresque commandée par le chanoine Robert de Bassinhac en souvenir de sa famille décimée pour une raison inconnue vers 1420, pour qu’ils reposent en paix
Ebauche de paysage : ligne ondulée de montagnes au sommet desquelles se détachent des arbustes stylisés. Présence d’animaux : chiens et rapaces. Peinture naturaliste.
C’est une peinture funéraire, votive et mariale. (2ème registre)

Registre supérieur

La composition s’ordonne autour de la croix en pierre de Volvic.
Les damoiseaux ont fière allure dans leurs atours élégants et paraissent moins effrayés que leurs chevaux dont les écarts désordonnés sont significatifs.

En face, la Vision macabre. Trois spectres décharnés qui se tiennent la main et se regardent animés d’un horrible rictus, alors que sur la colline se dresse la cabane de l’Ermite qui ne vient pourtant pas « tirer la leçon à Ennezat ».
Un poème difficile à lire donne la morale de l’histoire : « Chacun faut passer par ce pas ».

Registre inférieur

L’auteur rappelle qu’il n’y a de bonne mort que chrétienne et que Marie personnifie le recours majeur (après le christ) pour accéder sereinement à l’au-delà.

Au centre : Marie à l’aplomb de la croix, assise majestueusement sur une haute chaire, l’Enfant Jésus dans ses bras.

De part et d’autre : la famille de Bassinhac.
A droite : le saint protecteur de la famille entre le père et le donateur (personnage tonsuré) les présente à la vierge. Il pose affectueusement sa main sur l’épaule de R. de Bassinhac.

  • Le jugement dernier.
    La plus ancienne, (1405) est une peinture à la cire sur fond rouge figurant le Jugement dernier autrefois installée sur un muret clôturant le chœur. : Le Jugement dernier a été transporté en 1805 à son emplacement actuel (bas-côté sud cf. ci –dessous)

Cette peinture, d’une composition cohérente, centrée sur le Christ, est d’une facture irréprochable. Le maître d’Ennezat était sans doute en relation avec l’entourage artistique du duc Jean de Berry et les peintres parisiens de la fin du 14ème siècle.

Au centre le Christ accompagné de la vierge et des saints


A sa droite : Le paradis avec des élus aux créneaux
A sa gauche : l’enfer, grande gueule béante où s’engouffrent les damnés que tourmentent les démons.

Les âmes des défunts sont représentées par des enfants.
A gauche : Résurrection des morts : les tombeaux s’ouvrent pour libérer les corps glorieux qui cherchent refuge sous la robe du Christ (bienveillance de ce dernier.)
A droite : chassés par l’archange saint Michel (glaive), les damnés se précipitent dans la gueule de Léviathan.

Les phylactères résument, sans équivoque, la leçon.

« Pria pour moy qui me regardes quar tyel seras qua(nt) que tu tardes :
« Fais le bien tandis que tu vis quar après la mort n’auras nulz amis »

Verdict auquel répond impitoyablement celui de l’ange (au-dessus et à droite du squelette) :

« Regarda la grand’pitye de nature humayne
Come v ient à destruction et forma vilayne. »

Mobilier.
  • L’autel en bois doré.
  • Le chandelier pascal du 17ème sculpté par Mercier auquel on doit, également, les portes placées dans la sacristie.
    Détails
  • Panneau de bois sculpté (18ème)
    Saint Jacques, habillé en pèlerin, conduisant les pèlerins sur le chemin de Compostelle.

A un martyr : « Le martyre sur la terre, la couronne au ciel. »

  • Lutrin (1773)

Statuaire

  • Les saints patrons de l’église :

    Saint Victor
    Sainte Couronne

  • Autres

    Saint Blaise Statue gothique à cabochons de verre
    Saint Antoine l’Ermite
     ?

    Saint Louis de Gonzague.
    Saint Jacques le Majeur.
    L’Archange Saint Michel, prince de la lumière, terrassant le démon, ange déchu, prince des ténèbres.

    Sainte Catherine d’Alexandrie.
    Sainte Anne.
     ?


Articles publiés dans cette rubrique

mardi 8 avril 2014
par  gs

Le Saint Roch d’Ennezat

A Plaisance, saint Roch survécut à la peste. En Auvergne, son culte a survécu aux grandes épidémies du 17ème siècle.
Dès le 18ème, la peste s’étant éloignée pour toujours, saint Roch fut (tout comme saint Antoine) reconverti en protecteur des troupeaux, et son empire sur les maladies des hommes presque (…)

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